samedi 22 juin 2019

Fantômes, souvenirs...



..."Il y avait aussi et surtout la cérémonie du bain, les deux bassines de zinc, une grande et une petite, une ronde et une ovale dans lesquelles nous nous plongions pour la toilette du soir. Emplies à la main d’une eau patiemment chauffée dans deux bouilloires de fer blanc, j’en sens encore sur ma peau le singulier contact un peu râpeux, un peu crissant du métal gris. On les installait sur la galerie ou mieux, sur le sable de la terrasse encore chaud de soleil et ma sœur et moi barbotions, chacune dans la sienne, nous arrosant mutuellement en pouffant de rire dès que l’adulte de service nous quittait des yeux.

Combien d’étés ont-ils duré, ces bains de plein air ? Ma bassine n’était pas si grande que j’y tins dix ans... Mais le temps de l’enfance est un temps éternel. Quand je regarde aujourd’hui, reléguées dans l’écurie, accrochées aux chevrons au-dessus du ballon d’eau chaude d’une écrasante modernité qui a mis fin aux corvées de bouilloires, la bassine ronde et la bassine ovale, je me prends à sourire avec tendresse à la pensée des ces deux petites demoiselles immergées dans leur cuve comme des langoustes dans une casserole : un jour j’ai eu cette taille.
Naguère, ma petite sœur tenait tout entière dans ces dix litres d’eau.
Deux images en négatif, deux trous creusés dans le métal, dans lesquels notre enfance a laissé son empreinte. Deux petits fantômes nus, tout luisants de savon, qui courent avec ivresse et leurs pieds laissent sur le carreau des empreintes humides."

[Extrait de Tous les jours l'été, texte auquel j'ai travaillé ces derniers mois, qui sort la semaine prochaine aux éditions de La Renarde Rouge.]



jeudi 20 juin 2019

Le silence de l'autre... / Frédéric Boyer


"... Je ne sais si l’autre disparu me parle et si je puis communiquer avec lui, mais je me tiens alors dans cette incertitude comme au lieu le plus intime de ma condition de vivant et de parlant. Je m’engage dans cette tâche d’avoir à traduire le silence de l’autre, son absence. Il n’y a pas de présence des morts, mais leur absence précisément nous parle et nous fait parler. Elle nous ouvre à une autre expérience de notre présence au monde. Une présence capable d’accueillir l’absence. Notre parole s’approfondit du silence des disparus. Notre présence s’éprouve dans leur absence. Je parle à l’autre qui m’a quitté. M’entend-il ? Je sais que non probablement, mais la mort a éveillé, dans mon impuissance à lui parler, le désir profond de communiquer.

Ce paradoxe est mon humanité. C’est cet inespéré qui apparaît en traversant le deuil : que l’absence devienne exigence de parole... "


Frédéric Boyer dirige les éditions P.O.L. Il a perdu tragiquement sa compagne, la philosophe Anne Dufourmantelle, il y a  presque deux ans.  Il tient également une chronique hebdomadaire dans le journal La Croix. C'est de celle qui paraît ce jeudi que je tire ses lignes, qui résonnent en moi profondément. Je sais qu'elles parleront à certain-e-s des passant-e-s de ce blog.

dimanche 16 juin 2019

Sauge sclarée



On l'appelle aussi "la toute-bonne", 
ce qui lui donne de faux airs de marquise de Sévigné...
Elle a élu domicile au jardin.
 

mardi 4 juin 2019

La peinture à l'aquarelle / Herman Hesse




Un délicieux extrait de L'art de l'oisiveté.
[Pour le lire plus confortablement, cliquez sur l'image.]