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mardi 5 août 2025

Ce qu'on appelle le bonheur / François Cassingena

 " Comme tout homme venant en ce monde, en ce monde-ci, et y venant tous les jours, j'aurai connu la crainte et l'angoisse qu'inspirent une humanité désorientée, une histoire oublieuse de toute leçon et, désormais, une planète moribonde. J'aurai connu l'ennui, la nuit, le doute. Marcheur invétéré, j'aurai connu le pas à pas des jours difficiles et ténébreux, l'incertitude des matins et la lassitude des soirs. J'aurai connu la solitude, l'abandon, la déception, le désenchantement. l'aurai même connu la terreur sourde qui saisit les entrailles. J'aurai senti la colère et j'aurai appris la méfiance, la force qu'il faut déployer dans l'inévitable combat. Je sais ce qu'il y a dans le cœur de l'homme et, naturellement, ce qu'il y a dans le mien : ma périlleuse candeur ne s'entretient d'aucune naïveté.
J'aurai senti la fatigue et ce je-ne-sais-quoi de vermoulu qui vient dans le corps et tout l'être avec l'âge, et j'avoue ma cécité devant le jour final dont j'ignore s'il précipitera dans un abîme ou s'il découvrira un firmament. Mais au milieu de tout cela, il y a le jardin. Non pas imaginaire, mais réel; non pas hypothétique, mais présent ; non pas conquis, mais donné. Le jardin fait de tâches accomplies, de textes éternels, de prière obscure, de paysages choisis, de silence laborieux, de musique aimée, de choses et d'autres, de chaud au cœur. Le jardin fait, surtout, d'amitié, de douceur et de paix partagée avec tous ceux qui la reçoivent, et la veulent, et la font. Et in terra pax hominibus bonae voluntatis. Et sans doute est-ce ce jardin-là, étonnamment suspendu, que l'on appelle le bonheur."

Paysan de Dieu, Albin Michel 2024. 

Une merveille de lecture, une merveille de philosophie, une merveille de récit, une merveille de spiritualité. 

 

 

 

mardi 20 mai 2025

Trois podcasts et une émission TV pour partager les mots et les idées

 Récemment, deux de mes derniers livres ont fait l'objet de podcasts que je suis heureuse de partager avec vous.

Marie Cénec, femme de foi et de lumière, m'a récemment invitée à participer à la belle aventure du podcast En espérance qu'elle anime avec Nicolas Luthi, podcast consacré à la transition écologique et sociale.

 

Présentation rapide : "Dans le chaos du monde émergent des voix de lumière porteuses d’espérance. Ces voix sont transgressives, créatives, collectives, sensibles, intimes ou publiques, alternatives, poétiques et militantes. (...) La pasteure protestante Marie Cénec et le travailleur social Nicolas Luthi partent à la rencontre de ces voix qui oeuvrent vers plus de justice, de conscience, de spiritualité, prémices d’un monde à naître. Pour qu’ensemble, nous agissions et restions en espérance !"

Le résultat paraît ces jours-ci sous la forme d'une heure d'entretien. C'est l'épisode 4 du  podcast. Vous pouvez le retrouver, et l'ensemble de ce beau projet de podcast porté par "Regards protestants", sur les plateformes d'écoute Deezer, Spotify, Apple podcasts, etc. Ou encore en suivant le lien :



 • En avril, j'avais eu l'honneur d'être l'invitée de Guillaume Devoud pour le 318e épisode de son podcast Zeteo, d'inspiration chrétienne. Nous nous sommes entretenus, à sa demande, de mon ouvrage Un si grand désir de silence. Ces conversations sont un cadeau, l'occasion chaque fois de revenir sur ce qui a été dit, écrit, pensé, vécu.

Pour l' écouter, il suffit de cliquer ci-dessous pour l'écouter directement, de cliquer ici pour l'écouter sur Spotify, Deezer et toutes les bonnes applications de podcasts, ou encore de cliquer ici pour l'écouter sur la chaîne YouTube de Zeteo.


 

 

• En janvier 2024, Philippe Chauveau m'avait invitée à enregistrer avec lui une émission de sa chaîne WebTVCulture, que l'on retrouve ici en trois morceaux, pour un total d'un peu plus de 20 minutes (cliquez sur l'image) :

 


• Enfin, il y a déjà quelques temps, en novembre 2022, c'est Marie Raulin qui m'avait conviée à un bel entretien pour son podcast Re-belles productions, entretien que vous pouvez retrouver ici (c'est là que je me rends compte que ma voix change...) : 

vendredi 7 mars 2025

A travers la joie / René Guy Cadou

Un ami poète m'envoie ce jour la photocopie d'une page inédite de René Guy Cadou. 

Emotion. 

Et cadeau que j'ai envie de partager avec vous...

 

Mon Dieu, apprenez-moi à prier

Comme l’enfant s’appuie à des châteaux de sable

Je reste là devant ma table

Ne sachant pas encore où s’en iront mes mains

Je puis parler

J’en ai lavé des plaies sur mon chemin

J’ai travaillé pour vous sans jamais vous le dire

Vous auriez pu vous en douter à mon sourire

A mon regard toujours tourné vers le matin

Aujourd’hui je vous demande en grâce

De m’apprendre à lever les yeux vers votre face

De me rendre semblable aux bêtes de lumière

Je saurai bien

J’ai vu les oiseaux sur la mer

Mon Dieu écoutez moi ce n’est pas pour me plaindre

C’est à travers la joie que je veux vous atteindre

Pour tous ceux qui sont loin de vous

Pour tous ceux qui n’ont pas su se mettre à genoux

Pour moi et pour Elle surtout

Je vous demande de m’entendre

Nous voulons seulement par un peu de douleur

Rejoindre notre amour et confondre en douceur

Le dernier survivant de l’Ange sur la terre

Seigneur dites-nous comment faire

Donnez l’espoir à ceux qui n’ont

Pour argument que votre Nom.

 

 

 René-Guy Cadou, poème inédit

(envoyé par Gilles Baudry le 6 mars 2025)


lundi 26 février 2024

Habiter la joie d'être vivant / Françoise Ascal

 

"Habiter la chair et le verbe. Habiter la joie - si possible - d'être vivant. Habiter non pas une maison, mais le printemps à venir, qui frémit déjà au ras du sol, visible dans ces pousses de jonquilles qui crèvent la vieille peau figée de la terre hivernale. Habiter l'instant. Habiter le lien, la tresse invisible qui unit à ceux qu'on aime, comme aux inconnus, par condition d'humanité. Habiter le sans poids, l'espace entre les choses, entre les êtres, habiter le vide éblouissant de la lumière, l'intervalle entre les sons, la vibration entre les couleurs autant que les obscurités du jour... "
 
 
 Françoise Ascal, La table de veille, 2005.

lundi 20 mars 2023

Arbre à pies...


 La fenêtre du bureau, ce matin, ouvre sur le printemps ! 

Et si les branches attendent encore leurs feuilles, les oiseaux sont dans les starting-blocks.

mercredi 18 mai 2022

Instantané

 

Ce n'est pas une très jolie photo

- c'est un très joli moment

il y a le jardin qui s'éveille au soleil

la fauvette qui bavarde

un petit café crème

les pieds nus dans l'herbe

et les premières cerises de l'année.


samedi 19 mars 2022

Croire aux fleurs

 

- Que penses-tu de 2022 ?

- Ce sera une année pleine de fleurs.

- Tu crois vraiment ? Comment peux tu l'affirmer ?

- J'y crois, parce que je plante des fleurs !

Ce merveilleux petit dialogue a été trouvé sur le net. Mais les fleurs sur l'image sont bien en partance pour mes massifs, et mes ongles noirs de terre !

mardi 8 mars 2022

Programme

 

Dimanche, j'ai doublé avec sérénité le cap des cinquante ans, anniversaire que j'ai célébré à la Cartoucherie de Vincennes, sur les terres d'Ariane Mnouchkine, entre deux kanji qui proclamaient "Courage" et "Gratitude".

Un bon résumé du passé. 

Un beau programme pour l'avenir.



samedi 1 janvier 2022

"Une année de Joie"

A l'heure ou certaines et certains de nous se demandent ce que nous pouvons nous souhaiter en ces temps dépourvus de lumière, je repense aux magnifiques voeux de Raphaël Buyse, postés sur son blog le soir de Noël. Alors je passeà ma voisine, à mon voisin, et je vous souhaite à chacune et à chacun une belle, douce et lumineuse année 2022 :

" ...Mais entendez-moi bien : pas une année de fanfreluches, de tralalas surfaits, de gazouillis ou de sourires convenus. Pas une année de « moi moi moi ». 
Je vous souhaite une année de Joie, de petits bonheurs cueillis au jour le jour dans les surprises qu’offre la vie, surtout pas mis sous vide ou dans des boites de conserve pour les goûter plus tard. Non, une année de joie à savourer ici et maintenant, comme une espèce de  « click & joy »,  qui vous mette hors-vos-murs, hors-des-tombes mais surtout pas dans des faux-ciels ! 
Pas une année de regrets des joies d’hier, mais une année de joies à ramasser comme la manne d’autrefois dans le désert : il va falloir se mettre à genoux pour la repérer et nous aider à la cueillette et au partage. On serait tellement sots de rester sur des « je n’oserai jamais ». Ou des « ils n’en valent pas la peine »  ou des « je n’en ai pas la force ».  Allez, aidons-nous à l’audace : 2022 n’en sera que meilleur !
J’appelle sur vous – sur moi aussi ! – cette Joie sereine qui – très mystérieusement – peut éclore dans les soupirs et même dans les larmes : on ne saura jamais très bien pourquoi.  Ça doit être un miracle : cela me parle de résurrection.
Je vous souhaite une année de Joie, une année de « vraiment soi » mais pas seulement « pour soi », une année de « et si… », une année de « pour » et une année de « oui » . Une année de « pour qui » mais sans trop de « pourquoi ? ». Une année pleine d’ « avec » et d’envies.
Je vous souhaite d’entendre, dans les petites choses du quotidien, le chant discret de cette Nouvelle qui n’en finit jamais d’être infiniment jeune : un évangile qui fait du bien. Je le crois vraiment : « nul n’est sensé ignorer cette joie ! »
Je vous souhaite donc, dans la Joie continuée de Noël, une année réveillée, une année envoyée. 
Une année essentielle.
Une belle année, quoi."

 

 

dimanche 19 décembre 2021

Musique et magie pour enchanter les derniers jours de l'année

 

Je ne me lasse jamais de revoir cet extrait de E la nave va...

Un moment dérobé aux jours rudes, sorti de l'imagination de Fellini le magicien, comme une petite sorcellerie blanche, comme un bouquet de voeux.

Belle fin d'année à vous, toute de douceur, de beauté et d'amitié.


dimanche 20 juin 2021

La joie du grimpereau (pour un texte à venir)

 

"Tu réfléchissais, ce matin. Tu étais dans les meilleures conditions qui soient pour ce faire, assise sous le cerisier, ton café brûlant entre les mains. Dans le sapin voisin, un grimpereau chantonnait allègrement en partant à l’assaut du tronc, minuscule boule – un grimpereau pèse moins de dix grammes – de joie et d’énergie. Il était à peine six heures. Les cerises pendaient sous les feuilles en goutte de sang, comme dans la chanson.

Mais avais-tu réellement le droit, t’inquiétais-tu, de prêter à cet oiseau la joie qui te gonflait le cœur ? N’était-ce pas là une projection, une vue de l’esprit – une paresse, même ?

Ou bien fallait-il penser que la joie qui était la tienne en ce matin de juin couleur d’azur et de cerise se nourrissait de la joie de l’oiseau ? Qu’il en était, sinon l’origine – tu avais ce matin-là d’autres motifs d’être joyeuse – du moins l’écho parfait, l’expression la plus juste qu’il te serait jamais donné d’atteindre ?

Et pourquoi donc n’aurait-il pas été joyeux, bien campé sur son territoire de prédilection, avec pour perspective l’arpentage vertical méthodique d’une écorce d’épicéa gorgée de délicieuses larves et de moucherons juteux, le soleil en ligne de mire et pour toute compagnie, hormis la mienne, celle de quelques merles débonnaires ?

Résonance : oui, vos deux joies se faisaient écho, jusqu’à n’en plus faire qu’une dans la louange du matin."

 

 

jeudi 17 juin 2021

Se réjouir, quand même...

 

"Face à la tristesse qu’éveille en nous la mort des gens que nous aimons, il y a ce foutu refrain de sagesse que la pensée nous chuchote entre deux averses : plutôt que de blâmer la perte d’un ami, il vaut mieux se réjouir de l’avoir connu. L’esprit parvient à s’en persuader ; l’âme, la mémoire, le reste du corps clignent des yeux face à ce petit rayon de lumière audacieuse et rechignent quelque peu à sourire. Oui, tout est éphémère sur cette terre, les truites ont disparu depuis longtemps de la rivière qui passe dans le jardin de Matthieu, nous ne sommes pas sûr que les abeilles vont survivre au cynisme de quelques poignées de connards, mais réjouissons-nous d’avoir connu Matthieu et les abeilles. Il faut dire que les morts nous consolent plus ou moins bien de leur absence. Ils gèrent bien plus de choses qu’on imagine et la façon dont ils regardaient eux-mêmes le ciel, les fleurs, la terre décide aussi des couleurs de « ce reste », qu’il nous faut à présent accomplir sans eux..."

 

Ce texte qui m'a frappé au point que j'ai eu envie de le partager avec vous est de l'écrivain Christophe Fourvel, dans son "Hommage à Matthieu Messagier, disparu le 1er juin 2021" (texte à paraître dans Novo, accompagné d’autres contributions des amis de Matthieu Messagier)

Matthieu Messagier que je ne connais pas, que j'ai envie de connaître, et qui écrivait : « La poésie, je l’ai empruntée à ma naissance et je la restituerai quand je partirai. »
 
Pour lire la suite : 
 

mardi 30 mars 2021

Une journée de plus / Thomas Vinau ce matin


 Un drôle d'oiseau
déplie les noeuds de la nuit
au creux de mon ventre

abimé et usé
rond comme la vieille lune 
je garde la fierté
de ne rien conquérir d'autre
qu'une journée de plus sur terre
 
cette conquête spatiale
demeure à la portée 
d'un rire
d'un œuf à la coque
ou d'une chaussette sale
 
il faut garder toujours
 un peu de terre
sous les ongles
et un peu d'amour 
dans le cœur


Parce que ça fait longtemps que je n'ai pas cité Thomas Vinau.

Parce que son poème de ce matin fait écho à ma drôle de joie.

Parce qu'il faut toujours accueillir la joie quand elle passe... 

 (et parce qu'il faut régulièrement lire le blog Etc-iste dudit Vinau)
 

dimanche 31 janvier 2021

Le même ciel / Bazille

 

Frédéric Bazille (1841/1870)

Envoyé à Colette  Nys-Mazure par un de ses amis 

en réaction à l'une des illustrations de notre carnet :

 Jeu d'échos... Je ne connaissais pas Bazille, 

mais il est vrai qu'à quelques années d'écart, 

nous regardons le même ciel (puisqu'il n'y en a qu'un).


samedi 25 avril 2020

Ceux dont je ne suis pas amoureuse / Wislawa Szymborska

Remerciements

Je dois beaucoup à ceux
dont je ne suis pas amoureuse.

Le soulagement d’apprendre
que d’autres ils sont plus proches
La joie de ne pas être
le loup de leurs agneaux.

La paix vient avec eux, et la liberté,
choses que l’amour ne saurait donner,
ni prendre au demeurant.

Je ne les attends pas
de la porte à la fenêtre.

Patiente tel un cadran solaire,
prête à comprendre
ce que l’amour ne saurait comprendre,
à pardonner
ce que l’amour ne pardonnerait jamais.

D’une lettre à une rencontre
s’étale non pas l’éternité,
mais quelques jours tout bêtes, ou quelques semaines.

Avec eux les voyages sont réussis,
les concerts bien entendus,
les cathédrales bien visitées,
et les paysages bien distincts,
et lorsque des terres et des océans nous séparent,
il s’agit d’océans et de terres
bien connus de la géographie.

C’est à eux que je dois de vivre
en trois solides dimensions
dans un espace non lyrique, et non rhétorique
doté d’un horizon réel, mobile, comme il se doit.

Ah ils ignorent sans doute
combien ils m’apportent dans leurs mains vides.

« Je ne leur dois rien du tout »
dirait l’amour
à ce sujet ouvert.


Wislawa Szymborska, De la mort sans exagérer,
Traduction du polonais par Piotr Kaminski, Poésie / Fayard, 1996.
Trouvé (avec délices) sur le blog de  Sylvie E. Saliceti.