jeudi 23 mai 2019

"Le ciel est bleu" / Antoine Emaz



« Ecrire «le ciel est bleu» n’est possible qu'à force d’avoir vu le ciel bleu sans l'écrire. Ou bien on a essayé, raté. Et puis un matin, les mots cherchent le ciel, alors qu’il n’a rien de plus bleu que les autres. Le présent est épais, et s’il ne l’est pas assez pour libérer un poème, il vaut mieux le laisser passer, jusqu’à ce qu’il épaississe encore. Attendre : aucun poème n’est nécessaire, sauf celui qui s’écrit de lui-même, dans l’élan d’un moment, maintenant, souvent préparé par une longue patience. En cela, un poète travaille sans cesse, même quand il semble ne rien faire sinon vivre, regarder, sentir. Mais ça, c’est un peu compliqué à expliquer aux autres, que l’on travaille en ne faisant rien. »


Antoine Emaz, D'écrire, un peu, éditions Aencrages.


7 commentaires:

  1. We work by doing nothing--- an interesting thought.

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  2. Quel magnifique citation! Ne pas se forcer à écrire, attendre que les mots viennent et pendant ce temps, admirer, ressentir. C'est aussi un travail mais il est invisible. Bises alpines.

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  3. Oui, c'est ce qu'explique Borgès dans une interview. La différence entre écrire un roman et un poème, le poème vient tout seul (après l'avoir mûri en soi), tandis que le roman c'est du travail.
    Merci!

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  4. Une analyse très juste, je trouve. Merci pour cet extrait.
    Bon week end.

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  5. Je comprends très bien le propos et le partage, n'en est-il pas de même pour un dessin, une peinture, il me semble que ça monte aussi, à l'intérieur de soi... Bises, bel après midi Anne. brigitte

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  6. "Et puis un matin, les mots cherchent le ciel, alors qu’il n’a rien de plus bleu que les autres." Comme c'est beau !

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