jeudi 1 juin 2017

Berceuse pour moi / Anne Sylvestre

 Je voudrais, je voudrais
Qu´on me laisse dormir
Qu´on me laisse dormir
Qu´on me laisse rêver
À en presque mourir
À en presque mourir

Je voudrais me rouler par terre
Et m´enterrer dans des coussins
Chanter, chanter ou bien me taire
Pour le plaisir et puis pour rien
Chanter n´importe quoi, des heures
Sans l´idée de gagner mon pain
Chanter pour que doucement meurent
Les heures du petit matin

Et je voudrais que l´on m´épargne
Comme on épargne maintenant
Ces jeunes filles de cocagne
Belles involontairement
Je voudrais qu´on me considère
Même si je n´en remets pas
Même si j´ai les pieds par terre
Et la santé d´un acacia

(...)

Je voulais paraître fragile
Pour qu´on me berce rien qu´un peu
Mais le jeu est trop difficile
Fragile? Non, je ne le peux
Je me battais avec une ombre
Sachant bien que plus simplement
Quand il fait doux, quand il fait sombre
Je m´endors naturellement
 
Je saurai, je saurai
M´arranger pour dormir
M´arranger pour dormir
Et ne pas trop rêver
Pour ne pas en souffrir
Pour ne pas en mourir
Qu´on me laisse dormir




mercredi 17 mai 2017

Vivre / Christiane Singer


"Ce qu'il y a à vivre, il va falloir le vivre."

"Faire des plans d'avenir :
C'est aller à la pêche là où il n'y a pas d'eau.
Rien ne se passe jamais comme tu l'as voulu ou craint.
Laisse donc tout cela derrière toi."

"La vie s'écoule
Avec la précipitation écumante
D'un torrent de montagne."

Christiane Singer, Derniers fragments d'un long voyage.

 

dimanche 30 avril 2017

Le combat ordinaire


 
Chaque matin
Je range la douceur
Avec la fantaisie
Je glisse la tendresse
A plat dans un tiroir
Je replie mes espoirs
(Soigneusement pour ne pas qu’ils se froissent).

Chaque matin
Je mets mon air sage
Je sangle mon casque
J’ajuste ma carapace
Je boucle mon masque
Sur mon visage.


Chaque matin
est un combat.

Chaque matin
est un fracas.

Chaque jour
est un mensonge.

dimanche 2 avril 2017

La visite



Ecoute !

C’est la lumière
qui passe sur la mer
et c’est comme un baiser
une caresse
une soie qu’on défroisse
et la mer /  l’eau amère
en a
le rose
aux joues.

Ecoute !

Rosée,  la nacre
le creux
la conque
garde le souvenir
de l’amer
et du rose
    et la chair coquillage
    et la nacre tiède
    se disent des secrets
    de lumière
    et de mer.


Dans les branches le vent
chuchote des colères
hurle des mots d’amour
tord
arrache
et façonne
la chair
vive
des arbres.

Ecoute ! Sous l’orage
la forêt tout entière
soupire
et plie.
Sens-tu ?
les feuilles ce matin
ont comme
un goût
de sel.


La tempête a passé
et l’automne
et la mer
et le rose pourpré, même, aux joues des filles

c’est le soir

les arbres du jardin se taisent

attendent

le jour n’en finit pas

de finir.


Quand la brise se lève
Une feuille s’étonne.
Ecoute...
Un Visiteur s’en vient
    visiter
                le jardin.