samedi 8 janvier 2022

Futur antérieur

 

 
"... il faut garder à l’esprit que dans quelques années, la plu-
part des modes de transport dont nous usons auront
profondément changé, de même que les sensations
physiques et mentales qu’ils nous procurent. L’heure
approche où les hommes recevront leurs impressions
ordinaires d’un nouveau pays d’un seul coup, à la
manière d’un plan, et non progressivement, à celle
de la perspective, où les distances les plus extrêmes
seront parcourues en moins d’une semaine – cent
soixante-huit heures –, où le terme d’« inaccessible »,
qu’on appliquait naguère à tel ou tel lieu de la surface
du globe, aura perdu tout sens."
 

Rudyard Kipling (1865-1936), Des voyages et des parfums, texte réédité par les éditions du Sonneur en 2021. Gravure d’André Hofer.

lundi 3 janvier 2022

Augure

 

Souvenez-vous : on a passé du temps à soupirer en se demandant 

à quoi allait ressembler 2022... 

Alors je suis allée à la rencontre du premier soir de l'année, 

et voilà à quoi il ressemblait.

 Je ne sais pas vous (peut-être m'en faut-il peu) mais moi, ça me donne de l'espoir. 


samedi 1 janvier 2022

"Une année de Joie"

A l'heure ou certaines et certains de nous se demandent ce que nous pouvons nous souhaiter en ces temps dépourvus de lumière, je repense aux magnifiques voeux de Raphaël Buyse, postés sur son blog le soir de Noël. Alors je passeà ma voisine, à mon voisin, et je vous souhaite à chacune et à chacun une belle, douce et lumineuse année 2022 :

" ...Mais entendez-moi bien : pas une année de fanfreluches, de tralalas surfaits, de gazouillis ou de sourires convenus. Pas une année de « moi moi moi ». 
Je vous souhaite une année de Joie, de petits bonheurs cueillis au jour le jour dans les surprises qu’offre la vie, surtout pas mis sous vide ou dans des boites de conserve pour les goûter plus tard. Non, une année de joie à savourer ici et maintenant, comme une espèce de  « click & joy »,  qui vous mette hors-vos-murs, hors-des-tombes mais surtout pas dans des faux-ciels ! 
Pas une année de regrets des joies d’hier, mais une année de joies à ramasser comme la manne d’autrefois dans le désert : il va falloir se mettre à genoux pour la repérer et nous aider à la cueillette et au partage. On serait tellement sots de rester sur des « je n’oserai jamais ». Ou des « ils n’en valent pas la peine »  ou des « je n’en ai pas la force ».  Allez, aidons-nous à l’audace : 2022 n’en sera que meilleur !
J’appelle sur vous – sur moi aussi ! – cette Joie sereine qui – très mystérieusement – peut éclore dans les soupirs et même dans les larmes : on ne saura jamais très bien pourquoi.  Ça doit être un miracle : cela me parle de résurrection.
Je vous souhaite une année de Joie, une année de « vraiment soi » mais pas seulement « pour soi », une année de « et si… », une année de « pour » et une année de « oui » . Une année de « pour qui » mais sans trop de « pourquoi ? ». Une année pleine d’ « avec » et d’envies.
Je vous souhaite d’entendre, dans les petites choses du quotidien, le chant discret de cette Nouvelle qui n’en finit jamais d’être infiniment jeune : un évangile qui fait du bien. Je le crois vraiment : « nul n’est sensé ignorer cette joie ! »
Je vous souhaite donc, dans la Joie continuée de Noël, une année réveillée, une année envoyée. 
Une année essentielle.
Une belle année, quoi."

 

 

dimanche 19 décembre 2021

Musique et magie pour enchanter les derniers jours de l'année

 

Je ne me lasse jamais de revoir cet extrait de E la nave va...

Un moment dérobé aux jours rudes, sorti de l'imagination de Fellini le magicien, comme une petite sorcellerie blanche, comme un bouquet de voeux.

Belle fin d'année à vous, toute de douceur, de beauté et d'amitié.


dimanche 5 décembre 2021

Le voyage / Mary Oliver

 


Un jour, tu as su enfin
ce que tu devais faire, et tu t’es lancée,
malgré les voix autour de toi
qui continuaient à crier
leurs mauvais conseils,
malgré toute la maison
qui s’est mise à trembler
et tu as senti la vieille corde
à tes chevilles.
« Répare ma vie ! »
criait chaque voix.
Mais tu ne t’es pas arrêtée.
Tu savais ce que tu devais faire,
malgré le vent qui arrachait
de ses doigts raides
les fondations elles-mêmes,
malgré leur mélancolie,
terrible.
Il était déjà bien
tard, la nuit était agitée
et la route couverte de branches
cassées et de pierres.
Mais peu à peu,
tandis que tu laissais leurs voix
derrière toi,
les étoiles se sont mises à brûler
à travers les couches de nuages
et une nouvelle voix,
que lentement
tu as reconnu comme la tienne,
est venue te tenir compagnie
tandis que tu avançais de plus en plus loin
dans le monde,
déterminée à faire
la seule chose que tu pouvais faire,
déterminée à sauver
la seule vie que tu pouvais sauver.


The Journey

One day you finally knew
what you had to do, and began,
though the voices around you
kept shouting
their bad advice —
though the whole house
began to tremble
and you felt the old tug
at your ankles.
« Mend my life! »
each voice cried.
But you didn’t stop.
You knew what you had to do,
though the wind pried
with its stiff fingers
at the very foundations,
though their melancholy
was terrible.
It was already late
enough, and a wild night,
and the road full of fallen
branches and stones.
But little by little,
as you left their voice behind,
the stars began to burn
through the sheets of clouds,
and there was a new voice
which you slowly
recognized as your own,
that kept you company
as you strode deeper and deeper
into the world,
determined to do
the only thing you could do —
determined to save
the only life that you could save.


Mary Oliver (1935-2019)Dream Work (Atlantic Monthly Press, 1986)  Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carole Hanna.

mercredi 1 décembre 2021

Marguerites / Louise Glück

 

Vas-y : dis ce que tu penses. Le jardin
n’est pas le monde réel. Les machines
sont le monde réel. Dis honnêtement ce que n’importe quel idiot
pourrait lire sur ton visage : nous éviter,
résister à la nostalgie
a du sens. Ce n’est
pas assez moderne, le bruit que fait le vent
dans un champ de marguerites.

(…)

C’est très émouvant,
tout de même, te voir t’approcher
prudemment de la bordure de la prairie au petit matin,
lorsque personne ne peut
te voir. (…) Personne ne veut entendre parler
des impressions du monde de la nature : on se
moquera encore de toi ; on t’affublera de mépris.
Quant à ce que tu entends là,
ce matin : réfléchis à deux fois
avant de confier à quiconque ce qui s’est dit dans ce pré,
et par qui.

 Louise Glück, L’Iris sauvage, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie Olivier, Gallimard, 2020 



Louise Glück a reçu en 2020 le prix Nobel de Littérature.  

Lisez L'Iris sauvage