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lundi 16 mars 2020

Ce pays-là


Image retrouvée de l'enfance. 
Qui est-elle, cette toute petite fille court vêtue qui se tient tout près de papa, parce que les vaches c'est fascinant mais c'est très gros. Et ça a des cornes...
Je n'ai pas de souvenir de ce moment précis. J'ai quoi ? deux ans ? Trop petite pour les souvenirs.
Mais j'ai cette photo. 
Et j'ai surtout, confusément, tissée dans mes fibres, la mémoire de tout ce dont a été faite mon enfance, et qui comprend des chapeaux qui tiennent trop chaud, des vaches blanches dans les prés, des carottes sauvages plein les fossés, le parfum de la menthe, le regard bienveillant de maman qui prend la photo et la main d'un père attentif. 

Si "on est de son enfance comme on est d'un pays", j'ai de la chance d'être de ce pays-là.



jeudi 13 février 2020

Glanés / Camille Loivier pour Potentille


Et si de temps à autre je consacrais quelques lignes aux trouvailles multiples et aux rencontres (de gens et de mots) qui émaillent ma fréquentation assidue, comme auteure et comme lectrice, des salons du livre et autre marchés de la poésie ? 
Alors voici un premier coup de coeur rapporté du salon "Livre à Part" de Saint-Mandé. 

Une voix qui mue, de Camille Loivier, parle (murmure, plutôt) de ce que c'est de grandir avec dans la bouche deux langues (mais oui !), dans le coeur deux pays, et comment on ne se remet jamais totalement de cette richesse-là. Confidence chuchotée dans le léger déhanchement de la non-évidence des mots.

"je suis retournée sur les lieux
où j'ai retrouvé l'enfance
le temps avait arrêté de s'écouler

nous venions du passé
nous venions du temps long et de 
l'univers clos, nous venions
de l'époque où nos mères sont jeunes et
nous sourient, où nos pères nous
portent sur leurs épaules, il est si
enivrant de voir le monde d'en haut
plus haut, encore plus haut
on vit au ralenti, extrêmement 
précautionneux de nos pas
et de nos
gestes

c'est cela qui m'arrive
je retourne à Taipei
comme dans ma ville natale
c'est donc ma ville natale car
je n'en ai pas d'autre"


Les très jolies et très riches éditions Potentille font partie des quarante-et-une (si, si !) maisons d'édition que compte ma région Bourgogne-Franche-Comté. Ce chiffre est incroyable qui dit la richesse invisible des mots et de celles et ceux qui se vouent chaque jour à les mettre en circulation, en vie, en partage. Potentille, petite maison vouée à la poésie contemporaine et dirigée avec enthousiasme par Anne Brousseau, pousse depuis 2007 dans la Nièvre.


Liens : 
• Pour en savoir un tout petit peu plus sur Camille Loivier, cliquez là.
• Editions Potentille, c'est par ici.

dimanche 4 août 2019

Urgence / Annie Dillard


"Je m'assignai une tâche pour le restant de mes jours : celle de me souvenir de tout, absolument tout, pour combattre l'oubli. Je traverserais l'existence armée d'un filet à plancton. Je saisirais et retiendrais la moindre plaisanterie de mes professeurs, le moindre visage dans la rue, le plus petit mouvement d'algues microscopiques, toutes les conversations, la configuration des feuilles, les rêves, chaque nuage effiloché là-haut dans le ciel...
Certains jours, j'étais taraudée par un sentiment de responsabilité envers le moindre changement de lumière à travers les vitres de la véranda. Qui en garderait la trace ? Qui serait la mémoire de notre temps et du vent, dehors, qui fouettait les branches des marronniers ? Il fallait quelqu'un pour cela, quelqu'un pour défendre becs et ongles tous ces jours qui passaient, sinon le spectacle aurait été donné en vain. Que l'entreprise fut impossible ne m'effleurait même pas. Mais pour ce travail, pour cette tâche, je ne connaissais pas de mot."

Annie Dillard, Une enfance américaine, 1987 (traduction M.-Cl. Chenour et C. Grimal)


Sinon, le spectacle aura été donné en vain...


jeudi 1 août 2019

Parution estivale



Tous les jours l'été vient de paraître aux éditions de la Renarde Rouge. 

Pour en savoir plus, c'est ici. 

Pour en lire une jolie critique, c'est là.

samedi 22 juin 2019

Fantômes, souvenirs...



..."Il y avait aussi et surtout la cérémonie du bain, les deux bassines de zinc, une grande et une petite, une ronde et une ovale dans lesquelles nous nous plongions pour la toilette du soir. Emplies à la main d’une eau patiemment chauffée dans deux bouilloires de fer blanc, j’en sens encore sur ma peau le singulier contact un peu râpeux, un peu crissant du métal gris. On les installait sur la galerie ou mieux, sur le sable de la terrasse encore chaud de soleil et ma sœur et moi barbotions, chacune dans la sienne, nous arrosant mutuellement en pouffant de rire dès que l’adulte de service nous quittait des yeux.

Combien d’étés ont-ils duré, ces bains de plein air ? Ma bassine n’était pas si grande que j’y tins dix ans... Mais le temps de l’enfance est un temps éternel. Quand je regarde aujourd’hui, reléguées dans l’écurie, accrochées aux chevrons au-dessus du ballon d’eau chaude d’une écrasante modernité qui a mis fin aux corvées de bouilloires, la bassine ronde et la bassine ovale, je me prends à sourire avec tendresse à la pensée des ces deux petites demoiselles immergées dans leur cuve comme des langoustes dans une casserole : un jour j’ai eu cette taille.
Naguère, ma petite sœur tenait tout entière dans ces dix litres d’eau.
Deux images en négatif, deux trous creusés dans le métal, dans lesquels notre enfance a laissé son empreinte. Deux petits fantômes nus, tout luisants de savon, qui courent avec ivresse et leurs pieds laissent sur le carreau des empreintes humides."

[Extrait de Tous les jours l'été, texte auquel j'ai travaillé ces derniers mois, qui sort la semaine prochaine aux éditions de La Renarde Rouge.]



dimanche 19 mai 2019

samedi 20 avril 2019

Enfance / Pierre Cendors

 
"On dit que les premières années de l'enfance sont les plus importantes, celles qui déterminent le reste de l'existence. On dit sans doute vrai, mais on ne vous dit pas pourquoi c'était important. Ce n'était pas d'être un enfant qui était important dans mon enfance, c'était autre chose. Je ne sais plus ce que c'était. Les jeux d'enfants m'intéressaient peu. J'aimais ce qui était silencieux, ce qui ne parlait pas. Les arbres, la neige, la pluie, la brume, le vent. Je crois que c'était ça le plus important. Un monde qui ne parlait pas. Un monde d'avant la parole. Un monde sans le bruit de l'homme. Un premier monde. Le monde des commencements, le monde silencieux des premières neiges, de la fonte printanière des lumières, de la fraîcheur tombale des forêts d'été, le monde aux sombres tonales venteuses des nuits d'automne. C'était ça mon premier langage."

[In La vie posthume d'Edward Markham, Le Tripode, 2018]

lundi 22 octobre 2018

Frissons / Philippe Mathy



Gorge nouée, tu frissonnes.
Au bord de cet étang
des souvenirs sont embusqués
dans les taillis de l'être. 

Dans ton coeur, une enfance
aux poings toujours vifs
martèle un temps qui cherche encore
où s'apprivoise la lumière.

[extrait de Iles de la Gargaude, Philippe Mathy, illustrations Anne Le Maître,
  paru ce mois d'octobre à L'Atelier des Noyers.]
 

samedi 8 septembre 2018

Le jardin de Clémence



Un goûter sous les feuilles
A l’ombre du mois d’août
Dans le ciel des nuages
       d’orage.

Sur la pelouse nue
L’enfance bat des ailes
A la table on savoure
       le jour.

Le thé fume. Une guêpe
Tourne autour du gâteau
Chocolat poire amande
       gourmande.

Les petits garçons blonds
Maraudent des framboises
Les parents qui bavardent
       s’attardent.

Le vent se lève à peine
On va ranger les chaises
Pas besoin d’une laine :
       l’amitié
                   nous tient chaud.


jeudi 5 juillet 2018

Le temps des vacances / M. Carême


C'est le temps béni des vacances. 
Le vent fait des noeuds d'hirondelles
Le jour est rond comme une amande.
Tout le village sent le miel. 
Le soleil a pendu sa lampe
Juste au-dessus des vaches blanches
Etonnées de n'avoir plus d'ombre,
Mais les prairies qui près du bois 
Tremblent doucement sous leur poids
N'ont jamais été si profondes.


Bel été à tous.


samedi 10 septembre 2016

Pas grandir



Pas grandir
minuscule
sous la fleur
me cacher

Pas quitter
sur le mur
les dragons
de papier

Sentir eau
goûter peau
accueillir
l’invisible

Un ange ou
un flocon
je tutoie
l’impossible

Tout est là
tout est grand
et la main
est si douce

Qui me tient
dans le jour
qui me tient
qui me pousse

Zanzibar
Orénoque
une jungle
un jardin

Découvrir
l’Amérique
traverser
l’eau du bain

Portez-moi
Sur vos dos
serrez-moi
dans vos bras

Soyez là
la caresse
et la voix
soyez là

 Jamais dire
c’est demain
jamais dire
il est l’heure

Pas grandir
pas pleurer
pas quitter
le bonheur.